UN - 2018 - Oeuvre textile en techniques mixtes 20’’x30’’x20’’

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ARMOR OF FLOWERS

The garden in which I live was not a choice. It flowered with no

consultation nor warning. From my own nature sprouted branches, flowers and fruit that, at first, covered me with fear. After all, how can one explain a garden growing and flowering on my body? In a world of beings with swords between their teeth, to be covered in life

provokes astonishment and suspicion. An inevitable and transforming movement stirred in many people.

It did not depend on race, colour, gender, age or faith. It was not caused by fungus, viruses, bacteria. Not even the walls constructed around nations were capable of halting the dissemination of various species such as dahlias, chrysanthemums, cockscombs, goldenrods, pinocchios, lilies, orchids, croton, privet, cow’s udder, photinias,

barberries. Flowers, shrubs and even trees germinate in a splendorous way, creating a new ecosystem on our skin. Species from the hot and humid planes, the dense backwoods and the coastal forest no longer surrendered to the soil and climate. A meeting, impossible for

millennia, celebrating the beauty of diversity.

Yes, there is life. Not the one idealized by announcements of primitive drives to generate clicks and consumption, but the one with profound roots, which resists. Survives storms. Our bodies are fertile and full of metaphors, in need of light. From my pacific seed, I create my armor. From my self-knowledge, I make my shield. I harness my forces.

I do not expect others to see the life that sprouts in me. But in my own way, I carry on seeing the beauty that exists in you.

And with it, I transform my world. Searching peace.

Alexandre Ferreira

BLOOM #23, Trendtablet.com

Dans la culture occidentale, la nature a longtemps été présentée dichotomiquement comme un élément extérieur à l’être humain, comme une altérité étrangère et distincte de son existence, comme un regroupement abstrait de tout ce qui englobe l’environnement dans lequel il évolue et d’où il provient, mais qui n’est pas lui, qui ne fait pas partie de lui. Il est d’ailleurs encore fréquent dans notre société actuelle de diviser et d’opposer ces deux notions que sont l’Homme et la nature, de les présenter comme deux entités dissociées, avec souvent une tendance à placer l’humain dans une position de supériorité. Or, comme le mentionne l’artiste de land art Andy Goldsworthy :

« We often forget that we are nature. Nature is not something separate from us. So when we say that we have lost our connection to nature, we have lost our connection to ourselves. »

C’est en partant de ce constat que j’ai voulu aborder ce thème de l’Armure de fleurs. J’ai eu envie de réancrer l’enveloppe charnelle qu’est notre corps, à cet habitat naturel dont il est issu et auquel il est si profondément lié. Cette idée a fait écho en moi après avoir lu et analysé le texte Armor Flowers d’Alexandre Ferreira. J’ai désiré illustrer les liens entre les organismes biologiques qui nous entourent, nous recouvrent, nous composent, et notre aspect anatomique pour montrer à quel point la nature et nous, nous ne faisons qu’un.

Ainsi, en travaillant en quatre couches de tissus superposés, et en détournant des photos de végétaux, j’ai imaginé une écorce d’arbre filandreuse, dissimulée par des mousses et des lichens prolifiques, qui ne se contente pas d’être cantonnée à son cadre en arrière-plan, mais qui en s’en extraie pour s’étendre comme une deuxième peau, sur une représentation surréaliste d’un buste féminin, positionné au centre de l’oeuvre. Un plastron organique se révèle et une communion se crée entre les différentes épaisseurs. Sur et sous cette carapace arborescente, des cellules germent, des plantules éclosent, des spores se disséminent. Et alors qu’on perçoit une floraison poindre, le torse humanoïde se fond dans cette nature vibrante et vivante. Les techniques d’impression s’entremêlent sur ces quatre panneaux textiles, pour tisser une harmonie visuelle, symbole de cette unité essentielle.

LAME DE FOND - 2018 - Oeuvre textile en techniques mixtes 50cmx50cmx50cm

VIVEMENT LE VENT QUI DÉRANGE

Le fleuve coule à côté de ma vie

j’erre agité près de son lit

s’affolent des oiseaux dans mon sang en cage

passent les heures à la dérive

le mascaret peut advenir

vivement le vent qui dérange

André Gaulin 

D’après le dictionnaire Larousse, une lame de fond est la surélévation de la surface de l’eau entre deux creux de vagues ou de houle successifs.

Selon Wikipédia, on évoque une lame de fond, en langage imagé, pour parler de quelque chose de puissant et relativement imprévisible.

Pour traduire toute l’intensité de ce poème, j’ai décidé de me tourner vers la réalisation d’une oeuvre en trois dimensions, conçue comme une sculpture textile. Pour donner vie à mon idée, j’ai façonné et assemblé de nombreuses pièces, que j’ai montées petit à petit. Les premiers éléments de ces quelques vers qui m’ont frappée et que j’ai voulu retranscrire dans ce volume ont été les notions d’effervescence et de tourment de l’auteur. J’ai donc souhaité qu’une sensation de bouillonnement et de mouvement intérieur soit perceptible dans mon travail. C’est ainsi que m’est venu l’envie de vagues en tissus, rappelant non seulement les flots du Saint-Laurent, le mascaret évoqué par le poète, mais illustrant surtout son agitation personnelle. J’ai pensé à des vagues fracassantes, dont les crêtes explosent en une écume blanche, tourbillonnante, à l’instar du vif émoi de l’auteur. Ces particules se morcellent, virevoltent, et se confondent avec des volées d’oiseaux. Ensuite, grâce à des fils tendus et à l’ajout de bandelettes de papier, j’ai imaginé symboliser l’élévation des sentiments d’André Gaulin. Ces émotions partent du fin fond de son être pour remonter en bloc à la surface de ses pensées. Pour traiter tous ces différents éléments symboliques ainsi que pour créer un rappel esthétique des eaux du fleuve et de leurs fonds marins, j’ai opté pour la technique du cyanotype qui m’a permis de jouer avec des bleus riches, profonds, vibrants. Grâce à ce procédé, j’ai pu également développer des effets de lumière et de textures intéressants, en profitant de la photosensibilité qui le caractérise. De la sorte, j’ai été capable d’évoquer le soleil qui se diffuse dans et sur l’eau, qui se fragmente, créé des formes, des éclats lumineux, des trainées d’ombre furtives.